L'impact environnemental de la semaine de travail de quatre jours : une solution durable ?

Le sujet de la semaine de travail de quatre jours gagne en popularité, alors que la majorité des Français s’oppose à l’idée de repousser l’âge de départ à la retraite.

Loin d’être exhaustif, et parce que notre prochain NextGen Summit se concentrera sur les dimensions managériales et environnementales de l’entreprise régénératrice, nous proposons d’explorer quelques-uns des impacts de cette nouvelle forme d’organisation du travail.

Des expérimentations qui gagnent du terrain

Le thème de la semaine de quatre jours gagne en popularité, bien que la majorité des Français soit opposée à l’idée de repousser l’âge de la retraite. En 2022, la Belgique a introduit la possibilité de travailler quatre jours par semaine, sans réduire le temps de travail hebdomadaire.
En France, le gouvernement a également lancé une expérience à petite échelle en testant une semaine de 36 heures sur quatre jours pour les agents de l’Urssaf de Picardie.
Ce modèle de travail offre non seulement un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, mais il a également des effets positifs sur la santé et le bien-être des employés. Des études récentes confirment ces avantages.
L’une des plus grandes expériences sur la semaine de quatre jours s’est déroulée au Royaume-Uni en 2021, avec la participation de 2 900 employés dans 61 entreprises. Les heures de travail des participants ont été réduites de 20 %, sans réduction de salaire. Les résultats de cette expérience sont prometteurs : 71 % des employés ont signalé une diminution de l’épuisement professionnel et 39 % ont ressenti moins de stress.

Mais qu’en est-il de son impact environnemental ? Cet article explore les avantages environnementaux potentiels de la semaine de travail de quatre jours, ainsi que les obstacles potentiels à l’optimisation de ces avantages.

Identification des impacts environnementaux positifs

Dans le cadre de la campagne “Semaine de 4 jours”, Platform, un groupe d’organisations à but non lucratif, a commandé un rapport qui révèle qu’une réduction généralisée du temps de travail pourrait entraîner une diminution de 21,3 % de l’empreinte carbone du Royaume-Uni. Cela est équivalent à 127 millions de tonnes équivalent CO2 par an. Bien que cette étude s’applique au Royaume-Uni, elle appelle à une réflexion plus globale de la part des acteurs publics et privés pour en faire un moteur de la réduction de leur empreinte carbone.

Réduction de l'empreinte carbone liée aux déplacements domicile-travail

La réduction du temps de travail, comme le passage à une semaine de quatre jours, pourrait considérablement réduire les émissions de CO2 liées aux déplacements domicile-travail.
Une étude de l’université de Reading indique qu’une semaine de travail de quatre jours au Royaume-Uni réduirait le nombre de kilomètres parcourus par les employés de 558 millions chaque semaine.
Ce scénario entraînerait une réduction de 9 % du kilométrage des voitures, ce qui réduirait la consommation de carburant et les émissions de CO2.

En France, les trajets domicile-travail représentent 4 % des émissions de CO2. D’après une étude publiée en septembre 2020 par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), le télétravail offre un avantage environnemental moyen de 271 kg d’équivalent carbone par an pour chaque jour travaillé à domicile par semaine. En tenant compte des déplacements induits par un jour de congé supplémentaire, on peut se faire une idée de l’impact d’une semaine de 4 jours.

Baisse de la consommation d'électricité

Réduire les heures de travail, comme passer à une semaine de quatre jours, entraîne une baisse significative de la consommation d’énergie. Une expérience menée aux États-Unis a montré que la suppression d’une journée de travail permettait d’économiser de l’énergie en réduisant l’utilisation d’équipements de bureau à forte consommation d’énergie, tels que les ascenseurs, le chauffage, la climatisation ou l’éclairage des bureaux.
Une étude britannique a également révélé, en comparant l’électricité consommée à domicile vs l’électricité consommée au bureau, qu’un week-end de trois jours réduirait les émissions de CO2 de 117 000 tonnes par semaine.
Bien que ces études n’évaluent pas directement l’impact environnemental d’une semaine de travail de quatre jours, elles donnent des indications sur les avantages environnementaux potentiels d’une réduction du temps de travail.

Les potentiels effets rebonds

Les retombées du télétravail sont des conséquences indirectes ou involontaires du passage au travail à domicile qui pourraient réduire ou annuler les avantages environnementaux escomptés.

Nuance sur la consommation d'électricité

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation d’énergie résidentielle a augmenté en 2020 en raison de la pandémie de COVID-19 et du passage au télétravail.
Cette augmentation de la consommation d’énergie à domicile s’explique par le fait que les gens passent plus de temps chez eux, utilisent davantage d’appareils électroniques (film, réseaux sociaux) et ont besoin de chauffer ou de climatiser leur domicile.
L’efficacité énergétique des particuliers devient donc un facteur essentiel pour évaluer le réel impact d’une semaine de quatre jours sur la consommation d’énergie.

Certaines entreprises aussi pourraient choisir de réorganiser les heures de travail de leurs employés pour maintenir les mêmes heures de travail hebdomadaires, mais en les répartissant sur quatre jours au lieu de cinq.
Dans ce cas, les avantages environnementaux pourraient être limités.

Créer plus de mobilité

Avec un jour de travail en moins, les employés pourraient choisir d’entreprendre des activités de loisirs plus énergivores, telles que les voyages en voiture ou les vols pour des escapades de week-end. Ces activités pourraient contribuer à augmenter les émissions de carbone.

Augmentation de la consommation de biens et services

Un jour de travail en moins pourrait entraîner une augmentation de la demande de biens et services, tels que la consommation de nourriture dans les restaurants ou l’achat de produits de consommation. Cette augmentation de la demande pourrait générer davantage d’émissions de carbone liées à la production et au transport de ces biens et services.

Sensibiliser à la consommation responsable pour limiter les effets rebonds

Pour minimiser les effets de débordement, l’ADEME recommande de mettre en œuvre des mesures d’accompagnement, telles que :

  • Encourager les employés à adopter des comportements éco-responsables à la maison, tels que l’optimisation de l’isolation thermique et la maîtrise de la consommation d’énergie.
  • Promouvoir les transports publics et les modes de déplacement doux, tels que la marche et le vélo pour se rendre à des événements sociaux et à des déplacements occasionnels au bureau.
  • Sensibiliser les employeurs et les employés aux bonnes pratiques du télétravail et à l’utilisation responsable des équipements électroniques.