David Autissier, Directeur des chaires ESSEC Changement et IMEO (Innovation Managériale et Excellence Opérationnelle), david.autissier@essec.edu
Les entreprises ont peut-être vécu un des changements organisationnels les plus importants avec la fin du tout présentiel. La pandémie de la Covid-19 débutée en mars 2020 a obligé la plupart des états à mettre en place des périodes de confinement synonymes d’obligation pour les entreprises de s’organiser en privilégiant le télétravail. Pour la première fois de l’histoire, un très grand nombre de salariés a travaillé en mode télétravail sur une longue période brisant de fait le plafond de verre du tout présentiel.
Sous réserve de l’éligibilité des activités au distanciel et des exigences de présentéisme, environ 5 millions de salariés français ont fonctionné en mode distanciel et 18 mois après le premier confinement 80% des personnes qui ont été en télétravail souhaitent continuer en mode hybride.
Les entreprises ont négocié ou négocient avec les partenaires sociaux des « accords télétravail » avec un modèle 60/40 émergent, 3 jours par semaine en présentiel et 2 jours en distanciel. Une étude récente publiée en juin 2021 par le Professeur Bloom de Stanford affirme que 20 % des heures travaillées aux USA seront en distanciel contre 5 % avant la crise de la Covid-19. Dans la même étude il est fait mention que le travail distanciel accroît la production de 5 % grâce au temps de transport économisé.
Le mode hybride va aussi avoir des impacts sur l’évolution du management. Une entreprise c’est avant tout un collectif qui se projette dans un projet. Ce sont des individus qui créent les conditions de la confiance, confiance étant compris comme un processus historique et social qui naît des interactions et des réalisations communes. Pour cela les rituels de management devront être repensés et des jours de présentiel collectif devront être programmés. Le présentiel collectif ce sont des jours où tous les membres d’une équipe se retrouvent donnant ainsi une valeur clé à la notion d’équipe dans les nouveaux fonctionnements. Comme cela est développé dans les modèles de la Sociocratie et de l’Holacratie, l’équipe opérationnelle (entre 5 et 20 personnes est l’unité première de l’organisation) à laquelle il faut laisser une grande autonomie. Comme l’exemple de l’entreprise néerlandaise Buurtzorg, les équipes sont reliées aux différents niveaux macro de l’organisation par des règles de subsidiarité.
Pwc a publié en 2021 une étude intitulé Global Crisis Survey 2021. Cette étude met en avant trois résultats : 95% des dirigeants affirment qu’ils doivent améliorer leurs capacités en gestion de crise, 80 % des entreprises ont modifié leur stratégie pour répondre à la pandémie de la Covid-19 et 70 % des entreprises souhaitent investir pour augmenter leur résilience. Ces chiffres montrent que la crise de la Covid-19 a fait émerger un nouveau mode d’organisation dit hybride mais que celui-ci ne constitue pas une finalité mais un moyen pour que les entreprises développent leur résilience organisationnelle.
(1)https://www.anact.fr
(2)https://www.forbes.fr/classements/entreprises/du-teletravail-impose-au-teletravail-choisi/
(3)https://www.pwc.fr/fr/publications/gestion-des-risques-audit-interne-et-controle-interne/risques-et-controle-interne/global-crisis-survey.html
(4)https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/le-teletravail-porte-lespoir-de-nouveaux-gains-de-productivite-1328935