Le management et les gouvernances d’organisations issues de la précédente révolution industrielle doivent leur essor à une économie de production de masse, hautement prévisible, focalisée sur les rendements et une architecture mécanique très processée. Aujourd’hui les 30 glorieuses nous semblent loin et le niveau d’engagement au travail à un niveau dramatiquement bas. Un plan à cinq ans ressemble plus à un exercice de style et les nouvelles générations ne rêvent plus des grands groupes, ces champions du capitalisme d’avant.
Une double tendance, qui pourrait bien n’en être qu’une, monte en puissance dans notre société mondialisée.
Premièrement, le management vertical, de subordination et d’autorité de personnes, adapté à l’organisation vue comme une “machine” reconnaît mal les capacités entrepreneuriales et d’initiative de chaque individu d’une part, et le talent, cette capacité à mettre ses compétences au service d’un collectif et de la collaboration de l’autre.
Secundo, l’entreprise comme outil de création de valeur ne peut plus se résumer à un compte de résultat financier et à un bilan. Quelle est sa raison d’être, sa contribution systémique sociale et environnementale ?
Cette double tendance de modèles managériaux de nouvelle génération et de pilotage systémique d’une organisation au-delà de sa seule dimension financière relève selon moi du même mouvement.
Je perçois une dynamique grandissante de reconnexion au vivant :
L’entreprise nouvelle génération réinvente ses business modèles, réduit ses impacts négatifs, autour de principes régénérateurs, dès que cela lui est possible, et sort d’une logique linéaire ou exponentielle de quantité de production et d’obsolescence programmée. Elle privilégie les modèles économiques de la fonctionnalité, en saisissant toutes les opportunités de se connecter au vivant, seul capable de se régénérer. Adaptative par construction, elle accueille l’innovation technologique comme autant d’opportunités de sortir des raisonnements linéaires et d’émanciper la société.
Les entreprises les plus attractives ont déjà tout pour elles :
Nous observons la transition d’un mode de fonctionnement newtonien caractéristique de l’organisation “machine” à celui quantique du vivant, le passage d’une représentation simplifiée du réel à une capacité d’embrasser la complexité, par l’adaptation permanente.
Le lien consubstantiel entre mode de management et impact s’explique par cette logique retrouvée de l’humain et du vivant au centre des préoccupations des organisations.
Dans la physique quantique, celle qui régit la nature, tout est à la fois entité distincte et partie d’un tout. L’individu est un talent qui s’exprime plus ou moins efficacement au sein d’une équipe, l’organisation est une cellule de l’écosystème plus ou moins favorable à ce dernier.
La physique quantique révèle l’essence de la nature, exprimée de longue date par la philosophie taoïste chinoise : “la séparation est une illusion” ; tout est connecté à tout.
Au dernier stade d’évolution des organisations (niveau holistique turquoise de la spirale dynamique, ou opale de Frédéric Laloux), la notion de concurrence s’estompe au profit d’acteurs en interactions, conscients que leur capital social dépend de leur relation synergique avec le réseau, l’écosystème.
Notre enjeu désormais n’est plus seulement de ralentir la dégradation de l’engagement au travail et des impacts environnementaux de nos activités mais d’améliorer la société et nos écosystèmes, en un mot de les régénérer.
Auteur : Luc Bretones, Fondateur de NextGen